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La Bière : le marché français résiste, la compétitivité des brasseries vacille

Alors que le marché français de la bière se stabilise en 2025, la filière brassicole fait face à une dégradation de sa compétitivité, due à l’instabilité économique et politique, mettant en tension l’investissement et la pérennité de certaines brasseries.

En France, un secteur fragilisé par deux années de baisse

En 2025, le marché français demeure atone[1], après deux années de baisse (- 7 % entre 2022 et 2024).

Les volumes progressent légèrement en consommation à domicile (+1,2 %)[2]. Certains circuits de distribution poursuivent leur évolution : le drive et les magasins à marques propres progressent respectivement de 6 % et 5,5 %[3], tandis que la distribution traditionnelle reste en retrait.

En hors domicile, la bière conserve un poids économique important, représentant environ 30 % du chiffre d’affaires du secteur, mais recule en volume de 1,5 %[4].

Période clé pour la catégorie, l’été 2025 a enregistré une progression de 1,4 % par rapport à l’été précédent[5], qui avait été défavorable à la consommation pour des raisons météorologiques. Sans inverser la tendance annuelle, un point mérite d’être souligné : entre juillet et août 2025, les consommateurs ont fait le choix de la bière sans alcool, avec 600 000 litres supplémentaires.

Une compétitivité des brasseries mise à l’épreuve

Avec 2 500 brasseries, la France reste le pays européen comptant le plus grand nombre d’entreprises, s’appuyant sur un amont agricole structuré et une grande diversité de modèles.

La stagnation des volumes, combinée à la hausse continue des coûts de production pèse durablement sur les équilibres économiques des brasseries. Ainsi, la fin de l’ARENH en 2026, l’augmentation des redevances sur l’eau, l’augmentation de la REP[6] emballage ménager, la complexité réglementaire et une pression fiscale permanente sont autant de facteurs pénalisant notre compétitivité et qui affectent directement un secteur composé à 96 % de TPE et de PME.

Ces difficultés se traduisent concrètement sur le tissu brassicole : en 2025, 209 brasseries ont fermé, soit près de 4 fermetures par semaine, un niveau quasiment équivalent au nombre d’ouvertures (213)[7]. En 2024, les fermetures avaient déjà été plus nombreuses que les ouvertures.

Dans ce contexte, des mouvements de consolidation se poursuivent — mise en commun de capacités de production ou rapprochements stratégiques — afin de préserver les équilibres économiques, renforcer les capacités industrielles et assurer la pérennité des brasseries.

Diversification et innovation : un potentiel de croissance pour la filière

Face à ces tensions, diversification et innovation demeurent des leviers essentiels de maintien et de développement de la catégorie.

La diversité des formats y contribue : en grande distribution, les canettes, légères et facilement recyclables, enregistrent une progression de +4,8 % en volume, tandis que les bouteilles de 75 cl affichent +4,2 %[8]. Ce format peut également être porté par le réemploi, avec une expérimentation ReUse en cours dans le Nord et l’Ouest de la France.

Le segment des bières sans alcool joue également un rôle moteur. En progression de 11,5 % sur un an, il représente désormais près de 6 % des volumes en grande distribution [9].

Une enquête flash menée par Brasseurs de France[10] en janvier 2026 met en lumière la dynamique autour de la bière sans alcool. 40 % des brasseurs interrogés produisent aujourd’hui de la bière sans alcool, de manière régulière ou ponctuelle, et 30 % déclarent avoir un projet en cours.

Parmi les brasseurs déjà engagés sur ce segment, 50 % ont recours à des levures spéciales, soulignant le rôle central de la recherche et de l’innovation dans le développement de cette offre.

Près de 60 % des brasseurs concernés jugent le marché de la bière sans alcool en croissance. La demande des consommateurs est identifiée comme la principale motivation. Les données de Santé Publique France confirment une évolution des habitudes de consommation d’alcool en France, avec une baisse des consommations quotidiennes (-13% entre 2021 et 2023[11]) et une augmentation des non‑buveurs, notamment parmi les jeunes (près de 20 % des 17 ans n’ont jamais consommé d’alcool, contre 7 % il y a vingt ans[12]).

« L’enseignement de 2025 est clair : la filière brassicole dispose des savoir-faire et des capacités d’innovation nécessaires pour répondre aux nouvelles attentes de consommation et continuer à investir en France mais la préservation d’un cadre fiscal et réglementaire stable est une condition essentielle pour permettre à ce dynamisme de s’inscrire dans la durée », souligne Magali Filhue, déléguée générale de Brasseurs de France.


[1] Estimation Brasseurs de France.

[2] Chiffres NielsenIQ, sur l’ensemble de l’année 2025 du 1er janvier au 31 décembre

[3] Chiffres NielsenIQ, sur l’ensemble de l’année 2025 du 1er janvier au 31 décembre

[4] Estimation Brasseurs de France

[5] Rapport Pulse by CGA, septembre 2025

[6] Responsabilité élargie du producteur

[7] Projet Amertume 2025

[8] Chiffres NielsenIQ, sur l’ensemble de l’année 2025 du 1er janvier au 31 décembre

[9] Chiffres NielsenIQ, sur l’ensemble de l’année 2025 du 1er janvier au 31 décembre

[10] Enquête flash menée par Brasseurs de France sur la bière sans alcool. Janvier 2026

[11] Rapport Santé Publique France « La consommation d’alcool et ses conséquences en France en 2024 »

[12] Etude ESPAD, de l’OFDT, réalisée dans 37 pays européens en 2024